De la mesure du méridien à la prison : le parcours d’Arago, savant bien loin de Loudéac
Mesurer le méridien de Paris l’a conduit en détention, puis à l’évasion. Le savant a ensuite siégé au gouvernement provisoire de 1848, qui a mis fin à l’esclavage dans les colonies.
En bref
- La rue François-Arago figure parmi plusieurs voies de Loudéac dédiées à des savants.
- Arago a été arrêté comme espion pendant une mission scientifique en Espagne, puis est rentré en France en 1809.
- Républicain, il a refusé de prêter serment à Louis-Napoléon Bonaparte après le coup d’État de 1851.
Un homme de science arrêté comme espion : le destin de François Arago tient du roman d’aventures, et son nom figure sur une plaque de Loudéac. Chaque semaine, Actu.fr consacre une rubrique au nom d’une rue de la commune costarmoricaine ; cette fois, c’est la rue François-Arago qui est à l’honneur.
Une rue parmi celles des savants
La rue François-Arago n’est pas isolée : à Loudéac, plusieurs voies sont baptisées d’après de grands savants et des scientifiques. Elle s’inscrit ainsi dans une série d’hommages à des figures de la science, que l’on croise en parcourant les quartiers de la commune. Le rendez-vous hebdomadaire d’Actu.fr invite les lecteurs à découvrir, semaine après semaine, l’histoire derrière chacune de ces appellations.
Un parcours de savant, de Polytechnique à l’Observatoire
Le parcours de l’homme que l’on honore s’est dessiné très tôt. Les repères suivants, rapportés par Actu.fr, en donnent la mesure.
| Étape | Repère |
|---|---|
| Naissance | 1786, à Estagel, dans les Pyrénées-Orientales |
| Formation | brillant mathématicien, admis à l’École polytechnique dès 17 ans |
| Carrière | astronome et physicien, membre de l’Académie des sciences, directeur de l’Observatoire de Paris durant plus de vingt ans |
| Travaux | lumière, électricité, magnétisme et mesure de la Terre |
Arago fut aussi un vulgarisateur : il s’attachait à rendre les découvertes scientifiques accessibles au plus grand nombre, bien au-delà du cercle des laboratoires. Brillant dès sa jeunesse, il est devenu rapidement l’un des grands scientifiques de son époque.
L’Espagne, ses signaux et ses soupçons
Avant ces responsabilités, le jeune savant a connu une mésaventure qui aurait pu tourner court. Il part pour l’Espagne en 1806-1807, en compagnie de l’astronome Jean-Baptiste Biot, afin de prolonger la mesure du méridien de Paris. Sur des sommets, les deux hommes posent des signaux et effectuent des relevés.
Puis éclate la guerre d’indépendance espagnole. Ces activités scientifiques, jugées mystérieuses, éveillent la méfiance, et Arago est arrêté comme espion. Il parvient à s’évader et gagne l’Afrique du Nord, où il est de nouveau retenu, en Algérie. Il connaît encore plusieurs péripéties avant de regagner la France en 1809. Lui-même a relaté ces aventures dans son Histoire de ma jeunesse.
- Mission en Espagne avec Jean-Baptiste Biot pour la mesure du méridien de Paris.
- Les observations suscitent la méfiance et Arago est arrêté comme espion.
- Après son évasion et une nouvelle détention en Algérie, retour en France.
Un républicain engagé
Le savant n’a pas quitté la vie publique pour autant. Son engagement politique se déroule en trois temps :
- républicain convaincu, il est élu député en 1830 ;
- lors de la révolution qui renverse la monarchie, en février 1848, il rejoint le gouvernement provisoire de la Deuxième République et participe aux décisions qui aboutissent, le 27 avril 1848, à la suppression définitive de la servitude dans les colonies françaises ;
- après le coup d’État de 1851, il refuse de prêter serment à Louis-Napoléon Bonaparte.
Ce refus s’inscrit dans la fidélité à ses convictions, que souligne Actu.fr à propos de celui dont le nom orne désormais une rue de Loudéac.
Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels
