Éolien flottant au large de Batz : le projet avance, le débat continue
Parc de 1,2 GW, offres attendues au 12 octobre, débat à Trébeurden : où en est le projet éolien flottant Bretagne Nord-Ouest au large du Léon et du Trégor.
Le parc éolien flottant prévu au large du Léon et du Trégor entre dans une phase décisive. L’appel d’offres de l’État fixait au 12 octobre 2026 la date limite de remise des offres des industriels, alors que le débat local reste vif de part et d’autre de la baie de Morlaix. À Trébeurden, une réunion publique organisée début octobre a mis face à face partisans et opposants du projet baptisé Bretagne Nord-Ouest.
En bref
- Le parc Bretagne Nord-Ouest vise 1,2 GW et relève de l’appel d’offres AO10, attribué en 2027.
- Les offres des industriels étaient attendues au plus tard le 12 octobre 2026.
- À Trébeurden, Écologistes du Trégor et Enviro Veritas ont débattu de l’intermittence, du recyclage et de la pêche.
- Cinq ateliers publics se sont tenus en septembre, et les avis du public sont en ligne.
Ce que prévoit le projet Bretagne Nord-Ouest
Selon la préfecture de région Bretagne, le parc doit atteindre une puissance de 1,2 gigawatt. Il fait partie du dixième appel d’offres national pour l’éolien en mer, dit AO10, dont l’attribution est attendue en 2027. Le lauréat aura la charge de la conception du parc, puis de son exploitation et enfin de son démantèlement.
D’après les chiffres présentés lors du débat rapporté par actu.fr, le projet compte 67 machines dont la hauteur atteint 285 mètres en bout de pale, réparties sur une zone de 235 km². Porté par l’État et par RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, il produirait 4,2 TWh par an, soit environ un cinquième de la consommation électrique de la Bretagne, avec un facteur de charge estimé à 40 %. Le site se trouve à 24 km de Trébeurden et la durée de vie prévue des éoliennes est de 30 ans.
Le projet a été revu à la baisse au fil des étapes. Le média culturel Unidivers rappelle que la décision gouvernementale d’octobre 2024 envisageait jusqu’à 2 GW, avant que le Gouvernement ne confirme, le 2 avril 2026, une puissance de 1,2 GW pour la mise en concurrence.
Une soirée de débat à Trébeurden
Le vendredi 2 octobre 2026, l’association Agir avec tous a réuni près d’une centaine d’habitants du Trégor dans la salle Dour ar Bars. Deux camps se sont exprimés. D’un côté, Laurent Lintanf et Michel Le Saint, pour les Écologistes du Trégor. De l’autre, Gilles Le Baud et Jean-Marc Liron, de l’association morlaisienne Enviro Veritas.
Les deux camps partagent un point de départ : la nécessité de tourner le dos aux énergies fossiles. Ils divergent ensuite sur la voie à suivre. Les écologistes misent sur les renouvelables, quand Enviro Veritas privilégie le nucléaire, à condition qu’il ne soit pas implanté en Bretagne. Jean-Marc Liron a comparé les futures machines à des « Tours Eiffel inversées ».

L’intermittence a occupé une large part des échanges. Enviro Veritas souligne le coût, écologique comme financier, des centrales à gaz appelées en renfort quand le vent faiblit. Les écologistes répondent par la complémentarité entre l’éolien, plus productif en hiver, et le solaire, au plus haut en été, en s’appuyant sur les estimations de RTE. Michel Le Saint a aussi cité les batteries, l’interconnexion avec l’Irlande et l’adaptation de la consommation.
Sur le bilan matière, Enviro Veritas a détaillé les composants d’une éolienne, du balsa des pales aux métaux rares de la nacelle. Ses contradicteurs ont rappelé qu’une machine se recycle à 90 % et que le balsa est désormais issu de cultures. Pour la pêche, le tourisme et la faune marine, les écologistes se sont référés aux observations faites autour du parc posé de la baie de Saint-Brieuc. Les questions restées sans réponse faute de temps doivent être publiées, avec leurs réponses, sur la page Facebook de l’association.
Une concertation jugée tardive par certains
L’État a organisé cinq ateliers du 14 au 21 septembre 2026, à Roscoff, sur l’île de Batz, à Sibiril, à Plougasnou et à Lannion. La préfecture indique que les échanges ont porté sur le paysage et le cadre de vie, l’environnement et la biodiversité, ainsi que sur les retombées économiques, et que les avis recueillis ont été mis en ligne.
Unidivers relève toutefois plusieurs critiques. Le garant de la concertation a regretté un calendrier tardif, les ateliers s’étant tenus quelques semaines seulement avant la date limite des offres. Le Conseil national de la protection de la nature a rendu un avis défavorable à l’implantation dans la zone, un avis qui ne lie pas l’État. Enfin, une cinquantaine de navires de pêche bretons fréquentent ce secteur, et les professionnels disent s’être sentis tenus à l’écart.
Les prochaines étapes
Une fois les offres déposées, l’État doit désigner le lauréat de l’AO10, attendu en 2027. D’ici là, les avis du public restent consultables sur le site de la préfecture, et le débat se poursuit dans les communes du littoral, du Léon jusqu’au Trégor.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : John Lines. Licence Pexels.
